lundi 17 novembre 2008
Les associations dénoncent l'arrêt en cassation blanchissant Vanneste
De
nombreuses associations de défense des homosexuels se sont indignées de
la décision rendue par la Cour de cassation qui, en blanchissant le
député UMP Christian Vanneste accusé d'injure envers la communauté
homosexuelle (lire article du 12 novembre), «hiérarchise», selon elles, les discriminations.
Ainsi,
pour Act Up-Paris, l'une des trois associations (avec SOS Homophobie et
le Sneg) plaignantes dans l'affaire Vanneste, c'est «une décision indigne, déconnectée des réalités de l'homophobie». «Quatre lignes sur 10 pages pour réécrire la loi du 30 décembre 2004, s'exclame-t-elle. Les
juges se sentiront-ils responsables au prochain suicide d'un gay à qui
on aura dit toute sa vie qu'il était «inférieur»; ou à la prochaine
agression d'une lesbienne que ses bourreaux jugeront «dangereuse»?» Act Up poursuit: «La
décision de la Cour de cassation ne doit pas inquiéter les seuls
défenseurs des droits des LGBT. En mettant en avant, sans plus
d'argument, une liberté d'expression inconditionnelle, elle permet
d'injurier toutes les catégories de la population: la religion juive
est inférieure à la religion catholique, les Noirs sont un danger pour
la survie de l'humanité, les jeunes sont supérieurs aux vieux, les
militantes des droits des femmes sont sectaires, les handicapés sont un
danger pour la société, etc, etc. C'est pourquoi nous appelons aussi
l'ensemble des militants qui luttent contre les discriminations et les
stigmatisations, à condamner publiquement cette décision.»
Le Syndicat national des entreprises gaies (Sneg) se dit «consterné»,
«s'inquiète et s'interroge sur la protection qu'apportera cette
jurisprudence à tous ceux qui s'exprimeront de manière méprisante et
outrageante à l'égard de toute catégorie de personnes quelle que soit
leur race, leur religion, leur handicap, leur orientation sexuelle…»
Pour
les trois associations homos, qui ont porté l'affaire devant le
tribunal correctionnel de Lille (Nord) puis la cour d'appel de Douai,
cet arrêt de la cour de cassation n'est d'ailleurs pas conforme à
l'esprit de la loi du 30 décembre 2004 permettant la poursuite des
injures homophobes, au même titre que les injures racistes ou sexistes.
«Ce dernier texte demeure la
référence incontestable et permettra tôt ou tard aux 3 millions de
français homosexuel/les d'être reconnus pour ce qu'ils doivent être:
des citoyens à part entière», écrivent-elles sous la plume de leur avocate, Caroline Mecary.
«Ainsi donc, analyse pour sa part l'Inter-LGBT,
il apparaît désormais que déclarer l'homosexualité inférieure à
l'hétérosexualité ou, pire encore, qu'elle est une menace pour la
survie de l'humanité relève de la liberté d'expression. Pour la Cour de
cassation, dans un argumentaire étonnant pour une institution de la
République, cela n'aura d'ailleurs eu pour effet que de heurter la
sensibilité de certaines personnes homosexuelles, comme si la majorité
des personnes hétérosexuelles n'avaient pas elles-mêmes été choquées
par de tels propos», déclare encore l'interassociative, qui «regrette
vivement qu'un élu puisse ainsi s'abriter derrière la liberté
d'expression et s'en prévaloir en toute impunité pour dénigrer une
partie de ses concitoyens, mis au ban de la société et désignés comme
indignes de la communauté nationale. Elle le déplore et s'en inquiète.»
Une décision «scandaleuse car elle valide et banalise les propos injurieux et discriminatoires de Christian Vanneste», estime le très actif Collectif contre l'homophobie (CCH), basé à Montpellier. «Un
encouragement à l'injure et à la haine qui peut mettre à mal les
fragiles acquis en faveur du respect des personnes homosexuelles.
Remplaçons les mots hétérosexuels et homosexuels par blancs et noirs,
pouvons-nous imaginer un seul instant, la cour de Cassation rendre la
même décision?», questionne le Centre LGBT (lesbien, gai, bi et trans) LGBT de Paris-Ile-de-France. Les propos du député «conduisent à mesurer la valeur des individus en fonction de leurs sexualités» et «légitiment les coups portés sur les homosexuels»,
estime Homosexualités et socialisme (HES, proche du PS), tandis que le
groupe concurrent, GayLib (UMP), dont Vanneste est aussi la bête noire,
se dit «profondément consterné».
«Cet arrêt de la Cour de cassation va hélas donner à croire aux
homophobes qu'ils peuvent exprimer leur haine en toute impunité, écrit son président Emmanuel Blanc. C'est
précisément ce que la loi de 2004 voulue par le gouvernement de Jean
Pierre Raffarin a voulu combattre. Nous sommes déterminés à ne pas nous
laisser insulter et mépriser par les sectaires, les intégristes de
toute sorte et les nostalgiques d'un ordre moral.»
Enfin, Tjenbé Rèd, association noire et métisse homosexuelle, estime qu'en «établissant
une hiérarchie entre les haines, la Cour de cassation fait plus que
donner un blanc-seing à M. Vanneste et aux homophobes de tout poil».
«Elle démontre que la loi de 2004 est une imposture». Et appelle à un rassemblement silencieux mercredi 19 novembre devant la Cour de cassation «pour rendre hommage aux victimes de l'homophobie».
Source : Têtu
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=13597&pid=11395901
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :




