Après les déclarations aux médias –généralistes ou communautaires-
l'heure est à l'engagement officiel des candidats face à la communauté
gay, lesbienne et trans; ou en tout cas à ses représentants.
L'Inter-LGBT qui regroupe la plus grande part des associations
homosexuelles françaises a reçu les positions détaillées des candidats
à l'élection présidentielle qu'elle a sollicités à moins d'un mois du
premier tour. La fédération LGBT a questionné avec précision les
prétendants à la magistrature suprême sur tous les sujets qui
concernent la communauté.
Au-delà des positions désormais connues autour du mariage et de
l'homoparentalité, les candidats livrent leurs projets sur des thèmes
comme la réforme institutionnelle, la lutte contre l'homophobie, les
trans, la santé ou la solidarité internationale.
Les deux probables finalistes de la présidentielle –Ségolène Royal
et Nicolas Sarkozy- qui ont aussi été les premiers à répondre à
l'Inter, se démarquent profondément sur beaucoup de points.
Couples
Royal en faveur du mariage ouvert aux couples homosexuels, Sarkozy
opposé : on connaît aujourd'hui la "doctrine" de chacun des candidats
sur ce thème central des revendications LGBT. Egalité mise en avant
d'un côté, "respect du modèle familial et de l'institution du mariage,
de l'autre.
L'intérêt de leur déclaration officielle à l'Inter réside dans un
certain nombre de modalités jusqu'ici inconnues de leur projet.
Ainsi, si Ségolène Royal veut maintenir et améliorer le PaCS comme
alternative au mariage, Nicolas Sarkozy propose sa suppression après
l'instauration de son "union" civile, une union qu'il se verrait bien
réserver aux seuls couples homosexuels (à l'inverse du PaCS). La candidate socialiste défend donc un projet global universel
(mariage et PaCS ouverts aux homosexuels comme aux hétérosexuels), là
où le candidat UMP bâtit un projet "communautariste" (mariage réservé
aux hétérosexuels, statut spécifique réservé aux homos).
Parentalité
Là encore, la position antagoniste des deux candidat est connue
dans son principe : ouverture de l'adoption aux couples de même sexe
(Royal), refus de l'adoption à ces mêmes couples (Sarkozy).
Si la position radicale de la candidate PS calque le droit à
l'adoption pour les homosexuels sur celui des hétérosexuels, sans
restriction, le refus de principe de Sarkozy se conjugue avec de
timides aménagements comme le "statut de beau-parent" qui ne concerne
que la question de l'autorité parentale. A travers cette mesure, le
président de l'UMP se propose de "résoudre les difficultés de la vie
quotidienne" entre "des enfants et des adultes qui les élèvent".
Au sujet de l'insémination artificielle (AMP), Sarkozy se montre
fermé à toute évolution, Royal ne tranche pas et parle de "se pencher"
sur la demande formulée par les couples de femmes.
Réformes institutionnelles
Ségolène Royal a fait part ces derniers jours de son souhait de
modifier les institutions. Dans le domaine LGBT, elle se propose
d'enrichir l'article 1 de la Constitution sur l'égalité des citoyens de
la mention explicite de l'orientation sexuelle, et de l'identité de
genre. Nicolas Sarkozy, lui, ne souhaite pas cet ajout.
Lutte contre les discriminations
Interrogée sur ses propositions pour que l'école lutte concrètement
contre les discriminations sexuelles, Ségolène Royal se dit
"déterminée" à sensibiliser les jeunes à cette thématique à travers la
communauté éducative (direction, enseignants, personnels et parents)
par le biais "d'actions de mobilisation". Nicolas Sarkozy parle de
"sensibiliser les professeurs et les infirmières scolaires" à la
question de la discrimination, mais n'évoque pas d'actions en direction
des jeunes eux-mêmes.
Les deux candidats veulent lutter contre la discrimination dans le
travail et dans la fonction publique. Royal met en avant le devoir
d'exemplarité des fonctionnaires en la matière, Sarkozy insiste sur la
nécessité de "sévérité" envers les actes homophobes commis dans ce
cadre.
Personnes trans
Les candidats font preuve de beaucoup de prudence sur le statut des
trans. Ségolène Royal parle d'une "évaluation objective des pratiques
tant judiciaires que médicales", Sarkozy d'une "large réflexion à la
fois juridique, médicale, philosophique et éthique".
Solidarité internationale
La candidate socialiste met en avant le "rôle moteur" de la France
en matière de défense des "droits humains" et de promotion de
"l'égalité des sexualités". Ségolène Royal souhaite "la condamnation
ferme et explicite de la pénalisation de l'homosexualité partout où
elle existe" et notamment par le "soutien aux initiatives
internationales en faveur d'une reconnaissance formelle de l'égalité
des droits des personnes LGBT". L'ancien ministre de l'Intérieur se
contente de rappeler "qu'il est du devoir de la France de défendre les
droits de l'homme partout dans le monde", sans plus de précisions.
Santé des personnes LGBT
Courtes, très courtes même, les réponses du candidat UMP aux
questions sur la santé gay. Pour faire face au problème du suicide des
jeunes homosexuels, il préconise "d'écouter, de comprendre et d'aider".
La candidate PS commence par évoquer des "lois positives" s'appuyant
sur le principe d'égalité et "des lois réprimant l'expression de
l'homophobie". Mais plus concrètement, Ségolène Royal mentionne
"l'intégration au cursus scolaire d'un programme d'éducation au respect
de l'autre" ou la présence d'assistantes sociales et d'infirmières dans
les établissements scolaires ainsi que le développement de la
"médiation familiale" pour "une meilleure compréhension et un dialogue
entre parents et adolescents.
Côté VIH/IST, Sarkozy s'en remet "aux associations qui connaissent
mieux ces publics" pour ce qui est la prévention et reste sur des
positions de principe quant aux moyens, sans jamais évoquer une seule
mesure concrète. Royal rappelle ses récents engagements auprès des
associations qu'elle a reçu : plan de prévention, campagnes ciblées,
soutien à la recherche, revalorisation de l'AAH, rétablissement des
moyens supprimés depuis 2002 pour les soins aux étrangers en situation
irrégulière et généralisation du préservatif à 20 centimes.
L'Inter-LGBT n'a pas encore livré ses commentaires sur les engagements pris devant elle par les candidats PS et UMP.
L'envoi des propositions des autres candidats doit intervenir dans
les heures et les jours qui viennent –notamment celles de François
Bayrou. Olivier Besancenot, Dominique Voynet et José Bové ont déjà transmis les leurs.
La fédération interassociative s'exprimera le 29 mars pour dresser
une comparaison des projets en présence et faire connaître sa position
dans une élection où la thématique LGBT est particulièrement riche et
cruciale.
Source : e-llico
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Ségolène Royal et les gays
Sarkozy : le mariage à la trappe
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