Par Jean-François Laforgerie
"Imaginons la France d’après" invite l’UMP par voie d’affiches. On
ne voudrait pas trop vous miner le moral, mais si la "France d’après"
vous la rêvez dans l’idéal d’une égalité complète des droits entre
homos et hétéros, l’UMP, Nicolas Sarkozy en tête, ne peuvent rien pour
vous. C’est de façon "claire et précise", ce qu’il fallait comprendre à
la lecture de l’interview publiée dans le "Figaro magazine" (1/09). Une
interview où le président du parti majoritaire et candidat à la
présidentielle réaffirme, une nouvelle fois, sa farouche opposition à
l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. (1)
Cela a certes l’avantage de la clarté, mais c’est dans le contexte
actuel — engagement de Ségolène Royal et de ministres comme Jean-Louis
Borloo ou Jean-François Lamour en faveur du mariage homo, bienveillance
de la société pour cette revendication, souvenir de la droite tombant à
pieds joints dans le piège du PaCS… —, notoirement insuffisant et même
un peu périlleux. C’est en tout cas le message qu’a cherché à faire
passer Gay Lib’ depuis des mois et surtout depuis la parution de
l’interview dans le "Figaro magazine", début septembre. Certes, ces
derniers mois, on assiste à un net raidissement du ministre de
l’Intérieur sur les questions de société, mais parfois le candidat à la
présidentielle de 2007 essaie de donner le sentiment de ne pas fermer
complètement la porte. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui
avec les revendications LGBT.
Ainsi en lieu et place du mariage qui ouvre inéluctablement
l’adoption, il sort un nouveau projet : le "contrat d’union civile" —
au contenu, pour l’instant, imprécis — qui devrait permettre "l’égalité
entre un couple hétéro et un couple homo". C’est en tout cas, la
stratégie défendue par Gay Lib’, chargée de la vendre à l’opinion.
"Nous ne devons pas perdre de vue qu’une loi doit être votée par la
majorité dont nous faisons partie, avance Olivier Boileau–Descamps de
Gay Lib’. Nous ne sommes pas indépendants de notre parti où l’on trouve
des conservateurs et des progressistes. Il nous faut faire comprendre
et faire accepter avec le moins de compromis possible nos idées. Plutôt
que de s’enliser avec une revendication de mariage qui ne passe pas
chez nous, il est préférable de proposer d’atteindre l’égalité entre
les couples homos et hétéros différemment. C’est ce que nous sommes en
passe d’obtenir aujourd’hui. Nicolas Sarkozy s’y est engagé."
Pourtant, le projet défendu aujourd’hui est bien loin des
revendications de Gay Lib’ qui visent à une égalité dans tous les
domaines y compris en matière d’adoption (2). Pour ce mouvement, ce
n’est pas un "échec", ni un "renoncement" mais du "pragmatisme".
"Quoiqu’on en pense à l’extérieur, nous sommes en train d’ébranler les
certitudes, affirme Olivier Boileau–Descamps. Nous commençons à faire
comprendre aux adhérents de l’UMP, à nos élus, la complexité de
l’homoparentalité, qu’il y a une différence entre l’ouverture de
l’adoption pour les gays et le fait de reconnaître comme parents deux
homosexuels qui élèvent un enfant dont l’un est le parent biologique.
L’explication de texte est encore nécessaire, mais cela avance."
"Ce décalage entre ce que nous demandons et ce que nous pouvons
obtenir est normal, explique Stéphane Dassé, président de Gay Lib’. Il
est logique que nous soyons plus avancés dans nos propositions que
notre parti. Je pense que si nous avions demandé moins, nous n’en
serions même pas là."
Là. C’est, pour le moment, une promesse dont rien n’assure qu’elle
sera tenue. Aujourd’hui, dans sa stratégie attrape-tout, Nicolas
Sarkozy tente de séduire tous les électeurs dans leurs aspirations
antinomiques. Il rassure les uns en disant non au mariage. Il attire
les autres en disant oui à l’union civile présentée comme un mariage —
le nom et les enfants en moins. Une stratégie qui s’applique aussi à
ses élus, députés compris. La preuve, de Christine Boutin (homophobe) à
Valérie Pécresse (gay friendly), tout le monde est content. Reste une
question, Nicolas Sarkozy trouvera-t-il une majorité pour concrétiser
sa promesse ?
(1) En 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, avait
déjà affirmé son refus de l’adoption par les couples homos et donc son
refus du mariage homo dans une interview au "Figaro", une position déjà
développée en 2004 dans une interview au "Monde".
Source : e-llico
(2) Voir le rapport de la commission familles sur www.gaylib.org
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