samedi 16 septembre 2006
Jude Schell : L'automne sera chaud
Voilà un ouvrage qui risque de faire blêmir ceux
qui sont déjà sur le marché. Très vite, on entre dans le vif du sujet –
le plaisir saphique –, en oubliant les premières pages rendues
légèrement assommantes par un style trop romancé. Les conseils
pratiques foisonnent et le fait qu'ils soient classés par thème est
très appréciable. Loin des clichés, des photos softs mais non moins
suggestives illustrent le tout et titillent vos sens. Ne vous laissez
pas arrêter par la barrière de la langue (c'est en anglais), qui peut
occulter des messages de la plus haute importance, toutes ces «lips»,
«tits» et «pussy parties» mettent de toute façon l'eau à la bouche. En
attendant une version française, pour l'extase totale ! Marie Medeiros.
Source : Têtu
The Guide to Lesbian Sex, de Jude Schell, Hylas Publishing, 192 p.,
Un peu de musique
Livres lesbiens
Alanis Morissette, une nouvelle fois lesbienne
Elle avait déjà embrassé à pleine bouche Sarah Jessica Parker dans un
épisode de «Sex and the City». Et visiblement, l'expérience
télévisuelle était à son goût, puisqu'Alanis Morissette remet ça dans
la quatrième saison de «Nip/Tuck» (lire aussi Quotidien du 3 août).
Elle y interpréte, le temps de trois épisodes, Poppy, la petite amie de
Liz Cruz, l'anesthésiste du cabinet Troy/McNamara au cœur aussi tendre
que son caractère est fort. Un rôle pas complètement de composition,
puisque l'artiste canadienne ne cache pas que, dans la vraie vie, elle
a déjà eu plusieurs expériences homosexuelles. Première apparition de
Poppy sur la chaîne américaine FX le 31 octobre. En France, il faudra
attendre le début 2007 sur Paris Première et l'été prochain sur M6. Source : Têtu
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Star Wars sortie de la version cinéma en dvd
Sarah Waters : RONDE DE NUIT (The Night Watch)
L'influente revue littéraire Granta ne s'était pas trompée en désignant, en 2003, Sarah Waters comme l'une des jeunes romancières britanniques les plus talentueuses. Car du talent et de l'audace, la jeune Galloise - elle est née à Neyland (comté de Pembroks) en 1966 - en a à revendre. Comme le prouve cette somptueuse Ronde de nuit où elle fait ses premiers pas dans le XXe siècle après trois romans victoriens.
Brontë, Wilkie Collins et de son "maître" Dickens, auquel elle se mesura avec brio dans le deuxième, Affinités (1). Juste avant de connaître la consécration avec le délicieux Du bout des doigts, réalisé pour la BBC, comme le fut également Caresser le velours, son premier roman.
Jean, chemise noire qui rehausse la blondeur de ses cheveux courts, visage poupin, Sarah Waters parle d'une voix douce et posée de ce succès qui ne lui fait pas tourner la tête. Au contraire. Car malgré la présence régulière de ses livres sur les listes de best-sellers ou les multiples distinctions qu'elle a reçues (2), la romancière n'a pas hésité à tourner le dos à l'ère victorienne. "Je savais que si je continuais à écrire sur cette époque, j'aurais de plus en plus de difficultés à en sortir. Et puis, la guerre et l'immédiat après-guerre m'attiraient car cette période a marqué un changement significatif dans la condition des femmes et des lesbiennes. Enfin, il y a dans ces années-là un côté "glamour" qui me séduit..."
UN REGARD DISTANCIÉ
Avec ce souci du détail et de la justesse, qui est de règle pour elle, "surtout quand on aborde l'Histoire", Sarah Waters a dû "tout reprendre à zéro". Ainsi, il lui a fallu de longues recherches pour se familiariser avec la période, les affiner à mesure que ses personnages se dessinaient, avant qu'elle ne commence à écrire. " Mais ce que je ne mesurais pas encore, explique-t-elle, c'est la manière dont l'atmosphère de l'époque allait déterminer la forme et le ton du roman. Dans les romans du XIXe siècle, il y a un côté gothique, extravagant, avec lequel il est aisé de jouer mais qui n'est guère adaptable pour les années 1940. J'ai donc dû trouver un ton plus posé, plus "austère", prendre un regard plus distancié et abandonner le "je"." Le ton, elle le trouvera en lisant notamment Elizabeth Taylor et Elizabeth Bowen. Quant à la construction, singulière et magistralement tenue, elle ne cache pas l'influence de Betrayal (Trahison), la pièce d'Harold Pinter.
Construit à rebours du temps, en trois parties (1947, 1944, 1941), Ronde de nuit met en scène quatre personnages que l'on découvre, au sortir de la guerre, brisés et égarés, au bord de vies incertaines. Telle Kay, jeune femme solitaire à l'allure androgyne qui passe ses journées à errer dans Londres, en quête de rencontres féminines ; à observer de sa fenêtre les patients de l'étrange M. Leonard, son propriétaire, membre de la Christian Science Church, quand elle ne passe pas ses après-midi au cinéma. Duncan, en rupture de sa famille (à l'exception de sa soeur, Viv), a choisi, après un long séjour en prison, d'habiter chez Mr Mundy, un "oncle" bien singulier. Hors des heures passées dans une fabrique de bougies qui emploie des invalides et des cas sociaux, ce garçon, sensible, fragile et rongé d'une sourde culpabilité, aime se réfugier, comme Kay, dans le passé.
Un passé lourd de secrets pour Viv, qui vit avec Reggie, un homme marié, une liaison que la clandestinité érode chaque jour. Après un emploi au secrétariat des denrées alimentaires durant la guerre, c'est dans une agence matrimoniale que Viv tente de rompre, en vain, son ennui auprès d'Helen. Ancienne compagne de Kay, celle-ci vit avec Julia, une romancière de polars à succès, un amour rongé par la jalousie et la frustration de ne pouvoir le vivre au grand jour.
C'est dans cette atmosphère de grisaille, d'amertume et de désenchantement que Sarah Waters conduit son chassé-croisé amoureux. Au travers d'une rencontre fortuite, d'une esquisse de confession, elle glisse les indices de vies, de liens et d'histoires que la guerre révélera en même temps qu'elle révèle ces êtres à eux-mêmes. Dans leur force ou leur lâcheté. Comme Kay, héroïque ambulancière dont les interventions nocturnes dans les décombres de Londres offrent des moments aussi saisissants que poignants. Viv qui tente d'oublier dans les bras de Reggie la peur, les privations, le rationnement ; ou encore Duncan qui observe, presque impassible, derrière les barreaux de sa cellule, le ciel strié d'éclairs apocalyptiques, quand d'autres chantent pour couvrir le sifflement des bombes....
Outre l'art subtil du dévoilement progressif de cette redoutable conteuse, il faut saluer ici son sens du détail et de la description précise et juste, qui donne toute sa texture de poussière et de cendre à ce somptueux roman d'amour et de regret.
RONDE DE NUIT (The Night Watch) de Sarah Waters. Traduit de l'anglais par Alain Defossé, Denoël, "Et d'ailleurs", 592 p., 25 €.
(1) Tous les livres de Sarah Waters ont paru chez Denoël et en poche en 10/18.
(2) Prix Somerset Maugham pour Affinités, Sarah Waters, meilleur auteur britannique de l'année 2003 pour The Sunday Times, a été sélectionnée, la même année, dans la dernière liste du Orange Prize et du Man Booker Prize pour Du bout des doigts.
Christine Rousseau Pour "Le Monde"
Article paru dans l'édition du 01.09.06
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